PARIS (Reuters) - Les organisations patronales ont lâché juste assez de lest, jeudi, pour sauver les négociations sur l'assurance chômage d'un nouvel échec et promis de compléter leurs propositions d'ici l'ultime séance, mardi prochain.

Les discussions butent toujours sur le traitement des contrats de travail de moins d'un mois sur lequel avaient échoué les précédentes négociations, en juin dernier. Le Medef avait transmis aux syndicats un projet d'accord révisé à la marge et sans changement sur cette question.

"Ça a failli mal tourner ce matin", a confié le négociateur de la CFTC, Eric Courpotin, dont les homologues CGT, CFDT et Force ouvrière (FO) avaient laissé éclater leur frustration.

A la pause déjeuner, Véronique Descacq (CFDT) avait dénoncé une "méthode" de négociation apportant "de l'eau au moulin de ceux qui pensent que le paritarisme, c'est du cirque".

"On a l'impression qu'ils attendent le dernier jour de la négociation pour nous mettre un fusil sur la tempe et nous dire 'si vous voulez sauvegarder le paritarisme, signez'. Eh bien ça, il n'en est pas question. Moi, je prends le risque qu'on aille à l'échec", avait renchéri Michel Beaugas (FO).

Les syndicats avaient demandé au Medef, à la CPME et à l'U2P de revenir de la pause déjeuner avec un texte modifié.

En début d'après-midi, la délégation patronale a présenté plusieurs concessions qui ont quelque peu détendu l'atmosphère.

Le patronat s'est ainsi dit prêt à se rapprocher des propositions de la CFDT et de FO pour calculer le salaire de référence qui sert de base aux indemnisations, à condition d'unifier les conditions d'affiliation du régime général et des intérimaires selon ses propres termes.

Il s'est également dit prêt à examiner une proposition de la CFE-CGC visant à corriger les effets négatifs du décalage du paiement des allocations chômage lors du versement d'importantes indemnités de licenciements.

Il a enfin renoncé à baisser le plafond d'indemnisation des chômeurs proches de la retraite et révisé à la baisse sa proposition d'augmentation de l'âge d'entrée dans la filière senior, à 53 ans au lieu de 50 ans aujourd'hui (les syndicats ne veulent pas, pour leur part, aller au-delà de 52 ans).

UN "GESTE" DU MEDEF ?

Le Medef s'est par ailleurs engagé à revoir l'article par lequel les partenaires sociaux renonceraient, sous certaines conditions, à la garantie de l'Etat pour la dette de l'Unedic.

Il reste en revanche opposé au déplafonnement des cotisations pour les hauts salaires et reste vague sur les contrats courts, dont les syndicats veulent réduire l'usage.

Le patronat, hostile à une mesure générale de type bonus-malus, propose dans son projet d'accord d'"inciter" les secteurs économiques concernés à ouvrir des négociations pour mettre en place des dispositifs permettant de "modérer l'utilisation des contrats très courts (...) lorsque cela est possible".

Le négociateur du Medef, Alexandre Saubot, s'est dit prêt à revoir la rédaction de cet article, tout en gardant l'"esprit", et a promis "une mesure complémentaire pour crédibiliser le dispositif", sans en révéler la teneur.

Selon Michel Beaugas et son homologue de la CGT, Denis Gravouil, le patronat pourrait proposer une légère hausse générale des cotisations patronales mais compensée par une baisse de celles versées par les entreprises à l'Assurance garantie des salaires (AGS), qui prend en charge les salaires et indemnités de licenciement des entreprises défaillantes.

Une hypothèse qui n'a pas été confirmée par le patronat.

Aiguillonnés par la proximité de l'élection présidentielle et la crainte de voir leur échapper la gestion de l'assurance chômage, les partenaires sociaux s'étaient donné six semaines, le 15 février, pour s'accorder sur une nouvelle convention.

Mais le chemin reste très long avant un éventuel accord, sont convenus syndicats et patronat.

"On peut s'attendre à ce que la réunion du 28 mars soit compliquée", a commenté Jean-François Foucard, de la CFE-CGC. "Tout va reposer sur le problème des contrats courts", qui reste, selon Michel Beaugas, "la grande inconnue".

La séance de mardi prochain, qui pourrait le cas échéant se prolonger le lendemain, sera précédée de discussions entre les organisations patronales "pour voir ce qui est possible", avant une réunion décisive du conseil exécutif du Medef, lundi, a dit le négociateur de l'U2P, Patrick Liébus. "Le week-end pourrait être actif", a renchéri Alexandre Saubot.